Des réponses... ou plus de questions ? (Edité)
Jeremiah Burlington m'a posé une question (enfin, plusieurs) en commentaire de l'article mentionnant la proposition du PS de rendre obligatoire la scolarisation dès l'âge de trois ans. Comme je lui ai promis d'y répondre et que là, je suis accompagnée de ma seule zébrette qui observe les passants qui passent depuis son poste d'observation sur le cube, derrière la fenêtre... j'en profite !
Est-ce que le choix de l'unschooling est une conviction absolue ou une réaction à notre système éducatif. En clair, y'a t'il des pays ou tu penses que l'école remplit son rôle.
Allez, je retrousse mes manches, ce qui va suivre risque d'être redondant avec ce que j'ai pu dire par ailleurs dans la rubrique Sans Zécole, un peu brouillon, je risque aussi de pratiquer des raccourcis qui nécessiteraient sans doute d'être détaillés, je m'en excuse à l'avance... et je reviendrai sur ce qui pourrait demeurer incompréhensible ou incomplet à mon retour.
Et comme le dit le titre, je n'ai pas forcément de réponses, toujours plus de questions ça oui...
Premier point : du strict point de vue de l'enfant, chaque enfant dans ce qu'il a d'unique, je ne crois pas que l'école, (alternative, pas alternative, privée, publique...) soit un lieu adapté. A moins de revoir entièrement le système (et encore même là, comment concilier le fait de s'adresser à un grand nombre en respectant l'individu ?), plus encore chez nous (en France) qu'ailleurs, l'école c'est un lieu où l'on "apprend" en fonction de programmes définis par une autorité supérieure, de rythmes etc. qui ne sont pas individualisés. C'est aussi un lieu où dans l'immense majorité des cas, l'enfant se retrouve sans avoir eu son mot à dire alors qu'il est le premier concerné.
Déjà rien que ça, après 22 ans passés dans ce circuit-là en tant qu'élève, je ne peux plus être à l'aise avec tout ça quand ça concerne... mes propres enfants.
Deuxième point : pour autant, je crois que l'école publique a un rôle important à jouer, je ne vais pas dire le contraire quand je peux voir dans ma propre famille à quel point cette possibilité était importante pour certains enfants. Le choix d'instruire à la maison (je fais un raccourci, hein, j'ai déjà dit ce que je pensais des termes employés) est avant tout un choix que tous les parents ne veulent ni ne peuvent faire.
Quand je dis que le unschooling est quelque chose qui fait sens pour moi, c'est bien de moi que je parle, de ma famille proche, aujourd'hui, compte tenu des choix de vie que nous avons faits. Pas question de dire que c'est le seul choix possible, ni qu'il est le meilleur dans l'absolu.
Troisième point : le unschooling fait sens pour moi d'abord parce qu'il (re)donne la responsabilité au premier concerné, parce que vouloir faire apprendre la même chose à tous les enfants du même âge au même rythme c'est une co*** monstrueuse à mes yeux : comment est-ce que ça peut marcher ?
Nous n'avons pas tous besoin de savoir les mêmes choses, ce besoin de savoir il vient de l'intérieur. Je regarde les enfants (les miens, ceux que je côtoie), je vois les questions qu'ils se posent sur le monde autour d'eux, je vois à quel point ils sont avides de le comprendre, de donner du sens à ce qui les entoure et je me dis que déjà ne pas étouffer cette curiosité naturelle, répondre à ce besoin-là de savoir serait un pas énorme.
C'est tout un boulot, un exercice d'équilibriste de répondre à la question posée, juste la question, hein, pas vouloir en dire plus que ce qui est demandé, pas pousser, non, juste laisser à la personne concernée faire les liens, se poser les questions, tester des hypothèses, ajouter des infos, voir si ça colle toujours... quelle différence avec "à 6 ans, hop, tout le monde apprend à lire, à écrire, à compter..." !
Un individu a-t-il besoin à 6 ans de savoir lire, en a-t-il envie ? Peut-être que oui, peut-être pas. Peut-être que ce besoin se manifestera à 10 ans. Et alors ? Il aura besoin de l'outil lecture à ce moment là, ça fera sens pour lui et je suis persuadée (il y a d'ailleurs des études faites dans ce sens pour ceux qui aiment à voir confirmées leurs intuitions par ce genre de choses) que cet apprentissage se fera sans difficulté et plus rapidement que si on avait essayé de le gaver comme une oie qui n'a pas faim à l'âge de 6 ans (et peut-être qu'une des raisons pour lesquelles x% des élèves de sixième ne savent pas lire (déchiffrer et/ou comprendre ce qu'ils lisent) tient aussi à ce non respect de leur rythme...).
Ah oui, mais s'il ne veut jamais apprendre à lire ? Vous croyez vraiment que dans une société comme la nôtre (21ème siècle, occidentale) il ne se trouvera jamais un moment où l'intérêt d'apprendre à lire, le besoin se fera sentir (sous réserve que sa curiosité n'ait jamais été étouffée) ? Lire ça ne concerne pas que les livres et il y a de l'écrit partout.
Et les maths ? Et la biologie ? La vie quotidienne regorge d'occasions de se poser des questions dont les réponses nécessitent d'acquérir des compétences mathématiques ou scientifiques.
Oui, mais le quotidien ne permet pas forcément de parler d'architecture (à remplacer par ce que vous voulez). Moi je remarque dans mon quotidien que mes enfants font attention à des choses que je ne vois pas. Les éléphants sur la façade de tel immeuble. On a tous des centres d'intérêt différents, on n'a pas tous les mêmes questions. Pourquoi faudrait-il qu'on sache tous les mêmes choses ? Pourqui1 faudrait-il qu'on sache tous les mêmes choses au même moment ?
1 Edit : c'était une faute de frappe évidemment... mais oui : pourquoi, pour qui faudrait-il... ?
Moi dans ma vie, je n'ai pas besoin des équations différentielles. Je n'ai même pas besoin de savoir que ça existe. Ca changera peut-être un jour parce que de question en question j'y serais venue... mais peut-être que je n'aurais jamais ni l'envie ni le besoin de connaître les équations différentielles.
Je me souviens qu'en terminale une bonne partie de mon problème venait de ce que tout ce qu'on essayait de me faire ingurgiter ne faisait pas sens pour moi, dans mon projet de vie. Et il ne m'en reste rien. J'aurais voulu être astronome, ça aurait été différent. Et j'aurais voulu être menuisière que ça l'aurait été aussi.
Je crois que les compétences définies par le décret sont des compétences qui peuvent être acquises simplement en laissant nos enfants libres de (se) poser les questions qui leur viennent et de veiller à leur donner les moyens d'y répondre : soit directement, soit en demandant à quelqu'un d'autre, soit en recherchant... ne pas étouffer leur curiosité, mais la nourrier, la laisser libre d'exploser, d'explorer sans rien diriger. Je crois qu'ils veulent être acteurs de cette société dans laquelle ils vivent et qu'ils s'en donneront les moyens pour peu qu'on ne leur mette pas des bâtons dans les roues.
Là encore, je dis "ça me semble possible comme ça", c'est ce que je souhaite pour mes enfants.... je ne dis pas "tout le monde devrait faire comme ça".
Je manque de temps pour creuser la question déjà posée ici des inégalités sociales, de la non scolarisation réservée à une élite... des embryons de pistes pour des réponses avaient été données, dans un post comme dans les commentaires... il faudrait que j'y revienne, mais d'un autre côté, très égoïstement, comme je n'ai pas le temps de tout faire je me concentre ce qui est pertinent pour moi, pour nous dans l'immédiat quotidien.
Et je pense aussi que si je n'avais pas été quelque peu broyée par le système, ça ne me parlerait pas autant...
Dans le même temps je lis le blog de Samantdi (je cite Samantdi parce qu'elle a publié fin mai un post sur le sujet "non scolarisation"), celui d'autres enseignants et je suis heureuse de voir des personnes défendre leur profession, y croire, et je les trouve formidables de faire si bien leur métier dans un système qui me semble tellement imparfait. Comme quoi là aussi, c'est avant tout une question d'individu.
Comment faire pour améliorer, pour changer le système ? Je réfléchis quand je peux, et je ne crois pas que parmis le fruit de ces réflexions se soit jamais trouvée l'idée d'imposer la scolarisation à trois ans :)
Des pays dans lesquels l'école remplit son rôle ? Il va falloir d'abord qu'on s'entende sur le rôle de l'école :)
Je ne les connais pas assez pour me prononcer, mais vu de là où je suis je me dis que je creuserais peut-être du côté de l'Allemagne ou du Royaume-Uni au moins pour ce qui concerne le temps de présence à l'école et ce qui me paraît être un meilleur équilibre entre les "disciplines scolaires" et la place laissée à l'art, au sport etc.
Il a été récemment reposté sur une mailing-liste à laquelle je suis inscrite un article paru dans le Nouvel Observateur sur l'école en Finlande, pays ayant obtenu d'excellent résultats lors de l'évaluation PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis : évaluation des acquis des jeunes de 15 ans dans trois domaines, compréhension de l'écrit, culture mathématique, culture scientifique). Peut-être une piste à creuser pour trouver des améliorations à apporter à notre système scolaire ? Je tiens quand même à mettre un bémol : ces critères concernent des acquis et pas le bien-être des élèves, leur plaisir à aller à l'école...
Et puis il y a des structures de type Play Mountain Place (clin d'oeil à Fab' si elle lit) qui si elles restent des "structures" me semblent avoir un fonctionnement intéressant (je parle là du rapport à l'apprentissage et de la philosophie du lieu en regrettant la sélection par l'argent...).
Bon, je l'avais dit, c'est un peu en vrac, probablement très incomplet aussi.
Quelques liens :
Législation française : les principaux points à retenir (site de LED'A)
Dossier - L'école en Finlande
Ecole, la leçon finlandaise (l'article du Nouvel Obs' repris sur Des Ecoles Différentes)
Une école de rêve
L'école finlandaise : commentaires intéressants nuançant les autres articles et dans lequel on trouve ce lien...
C'est en France que les élèves souffrent le plus...
Qelques liens anglophones en vrac sur le unschooling :
Unschooling.com : Come explore unschooling.com, where parents and children have learned to trust themselves and each other !
Joyfully Rejoycing : This is a collection of my responses (with a few gems from others) to questions about unschooling and parenting on unschooling lists and message boards.
This site is about unschooling. And it's about parenting more peacefully. But overall it's about living more joyful family lives. If I had to summarize it the message would be "Put the relationship first and then figure out how to fit everything else around that."
Life Learning Magazine : Inspiring families around the world who learn without schooling.
Site de Sandra Dodd : Learning for fun is the most fun way to learn, and to live. I have gathered much and written some to inspire you to revel in your own learning, and in your children's learning, and in your friends' curiosity and happiness in the face of a world of information, voilà comment elle-même présente son site.
Live free learn free : Live Free Learn Free is a magazine for unschoolers and relaxed homeschoolers in which to share ideas, stories, and experiences.
Taking children seriously : Bringing parents and children together.
Unschooling : liste de sites, d'articles, de liens vers des groupes de soutien.
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