Notre école buissonnière (03) - Edité

Publié le par Phoebe @ 14h11

Si à l'ouverture de ce blog j'ai rapidement rédigé les articles dans lesquel j'exposais nos (mes ?) raisons (ou au moins quelques unes) ainsi que les avantages que je trouvais et trouve toujours au choix de non scolarisation des zèbres, je repousse depuis plus d'un an le moment de rédiger son pendant consacré, lui, aux inconvénients que je trouve au fait de ne pas scolariser les zèbres.
Je m'interroge sur les raisons de cette procrastination, peut-être faut-il y voir comme une envie de ne pas donner du grain à moudre à ceux qui n'approuvent pas un tel choix, peut-être que j'aurais le sentiment de donner plus d'importance qu'ils n'en ont finalement à ces inconvénients... il me faut toutefois bien reconnaître que c'est probablement l'un d'eux qui me pousse à prendre le clavier aujourd'hui.

Celui qui m'est le plus difficile à "gérer", c'est le fait d'être 24/7 ou peu s'en faut avec mes enfants. C'est un "inconvénient" qui est aussi lié à leur âge, j'imagine que les parents d'adolescents non scolarisés ne sont plus dans le même cas de figure que moi, seule à la maison une grande partie de la journée avec les besoins de trois enfants de 7 ans à 17 mois à combler, besoins qui sont parfois en contradiction avec les miens. J'imagine que plus grands, non seulement leurs besoins seront différents et pourront être satisfaits sans mon aide mais qu'en plus ils ne seront pas forcément présents physiquement à la maison ou n'auront pas besoin de ma présence pour se rendre à tel ou tel endroit.
Notre mode de vie n'est pas adapté à un tel choix et quand je dis "notre", je parle bien de celui de notre famille en particulier, mais également de la société dans laquelle nous vivons :
- l'adulte en charge des enfants ne peut le plus souvent pas trouver de relai à l'intérieur de la famille élargie (grands-parents, oncles, tantes....) pour cause d'éloignement ou autre, ni même auprès d'amis qui pourraient contribuer à former la village dont un proverbe africain dit qu'il est nécessaire à l'éducation d'un enfant (alors trois, je vous dis pas :) !) parce qu'ils travaillent à l'extérieur, vivent trop loin pour qu'un tel arrangement puisse être praticable (sauf à envisager le covoisinage),
- ce relai ne peut pas non plus être trouvé à l'extérieur même de façon très ponctuelle puisque par exemple il est impossible d'envisager l'accueil d'un enfant de plus de trois ans (c'est à dire scolarisable) en halte-garderie (halte-garderies de toutes façons infréquentables si l'un des parents ne travaille pas (à l'extérieur)), impossible aussi de fréquenter "en famille" les lieux d'accueil parents-enfants qui constituent pourtant un bon moyen pour tous de "voir autre chose" si certains des enfants de la fratrie dépassent un certain âge. Et employer une jeune-fille au pair, ou avoir recours à une baby-sitter nécessite des moyens financiers, sauf à arriver à négocier un échange réciproque de services. Ce n'est peut-être pas le cas partout, mais à Grenoble, halte-garderies ou lieux de parentalité (à l'excusion de Parent'aise) ne constituent pas une option.
Cette situation me pose à l'occasion un problème, parce que vivre au quotidien avec mes enfants est certes une aventure enrichissante, passionnante mais c'est aussi quelque chose qui me renvoie parfois brutalement à mes souffrances d'enfant, qui me pousse à me remettre en question, à reculer pour mieux avancer et que pour ce cheminement que j'ai à faire, j'ai aussi besoin d'un espace, espace que je n'ai pas (assez) dans ce quotidien avec eux. J'ai aussi des centres d'intérêt divers que j'ai envie de continuer à explorer, des envies à assouvir, bref je ne suis pas *que* mère et j'ai besoin de temps pour cultiver cettte facette-là également.
Si nos interactions sont dans une très large majorité positives, il y a aussi des moments difficiles qui sont d'autant moins aisément surmontés que c'est un choix minoritaire et que parfois quand on expose certaines difficultés, on reçoit en retour un "t'as qu'à les mettre à l'école" peu constructif quand on aurait besoin d'empathie et de soutien, parce que oui, vraiment, le quotidien avec des enfants c'est quelque chose de très demandeur, d'usant et que ce n'est pas parce que c'est un choix que ça gomme toutes les difficultés. Sans compter que je ne crois vraiment pas que l'école résoudrait miraculeusement tous les problèmes : ça améliorerait peut-être certains points, mais ça serait aussi - au moins potentiellement, et c'est un risque que pour le moment je n'ai pas envie de courir - source d'autres problèmes de nature différente, si j'en juge par les motifs de déscolarisation qu'exposent bon nombre de parents (qui donc contrairement à nous ont fait l'expérience de l'école, ou plutôt dont les enfants, contrairement aux nôtres, ont fait l'expérience de l'école).
Je crois que cette proximité, quand elle me pèse, me pèse plus qu'à eux mais je reconnais qu'eux aussi semblent parfois manifester une certaine saturation : nous sommes trop habitués les uns aux autres, il y a une certaine usure de part et d'autre et les coupures, vacances nous permettent à tous de prendre l'air, de nous recentrer et aussi de réaliser quand vraiment le ras-le-bol semble trop présent que ce quotidien ne nous pèse finalement pas tant que ça :)

Un autre inconvénient est que pour le moment je n'ai pas trouvé de solution me permettant de travailler ET d'être (pleinement) disponible pour mes enfants.
Je ne travaille pas (= je n'ai pas d'activité rémunérée à l'extérieur ou à l'intérieur de la maison), et tant que je bénéficie de l'allocation de congé parental la situation est vivable financièrement. Quand ça ne sera plus le cas, il est clair que le fait de pouvoir vivre ou non avec un seul revenu sera un facteur déterminant dans la poursuite de ce choix.

Je le disais, c'est un choix minoritaire, même s'il semble en expansion en France. Si certains ont un regard positif ou au moins neutre, ce n'est pas le cas de tous et il n'est pas toujours facile de l'assumer face à des réactions hostiles. Je glisse rapidement sur le fait que les parents ont des comptes à rendre tant à la Mairie qu'à du personnel de l'EN que je trouve non compétent pour évaluer les situations d'apprentissage hors du cadre scolaire, ce qui constitue une source de stress non négligeable même quand "ça se passe bien".

Il y a également des contraintes horaires : les différentes activités qui pourraient intéresser les zèbres sont proposées à des horaires "extra-scolaires" (forcément) ce qui fait que s'ils sont intéressés par plusieurs d'entre elles, ils vont se retrouver à devoir tout cumuler le mercredi par exemple, ou alors l'un ne pourra pas aller à l'activité de son choix parce qu'il y a conflit d'emploi du temps avec celle de son frère.

Mis dans la balance, ces "inconvénients" ne pèsent pas bien lourd face à tout ce que je vois de positif à la situation, bien évidemment, même si parfois les plateaux semblent aller jusqu'à s'équilibrer...
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Publié dans Sans Zécole

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N
<br /> Vraiment cette discussion m'a passionné !<br /> je suis ravie de ton message initial, c'est vrai qu'en lisant les blogs nonsco il y a comme une impression de surenchère de la meilleure super maman qui fait 4000 mille activités et garde le<br /> sourire. Personnellement je suis mère de 3 enfants en IEF et j'ai dû scolariser le grand pour 6 mois parce que je ne pouvais plus assumer les problèmes de ma vie de couple et l'IEF. Là j'ai<br /> vraiment soufflé même si je n'ai pas aimé le savoir dans une école ou il n'a rien appris avec des mômes qui se fritaient sournoisement dans la cour sans que les adultes se sentent concernés.<br /> Je crois qu'il est clair qu'on n'en vient pas à l'ief pour rien: souvent cela fait suite à une conscientisation profonde des problèmes rencontrés à l'école. de la volonté de permettre un autre<br /> choix de vie aux enfants sans devoir payer 400 euros par mois une école privée haut de gamme pour laquelle il faudrait travailler comme des malades sans voir ses enfants grandir. Cela fait suite<br /> aussi à un maternage de proximité fait pour le respect des besoins des enfants. Et les mères là dedans sont humaines et pètent les plombs de temps en temps évidemment !Il n'y a rien<br /> d'extraordinaire à cela et même pour avancer il est bon de voir et travailler ses limites.<br /> s'il y avait une école ou l'on respecte les personnes, leurs rythmes leurs capacités impermanentes d'être ou non en groupe, avec des guides ayant fait un travail personnel intérieur, proposant une<br /> co-éducation parentale, tout le monde mettrait ses enfants à cette école.<br /> Je pratique du Yoga Milarepa ( issus de la tradition thibétaine, basé sur l'expérience de l'énergie ) depuis 9 ans age de mon fils ainé.J'apprends tous les jours gràce à mes enfants à faire preuve<br /> d'un peu plus de patience envers moi-même et envers eux. J'ai trouvé des astuces pour être seule par moment d'abord parce que le papa prend le relais dès qu'il est présent c'est une condition non<br /> négligeable pour souffler. Ensuite je pratique la méditation le soir au couché, et le yoga le matin avant le levé de chacun ce qui me permet d'être plus en harmonie avec mes besoins. La journée<br /> c'est plus difficile mais j'essaie de pratiquer le plus possible la pleine conscience de chacun de mes gestes, cela m'aide à rester en contact avec le moment présent. Je traverse aussi des moments<br /> de grands doutes surtout quand je suis fatiguée et que les enfants refusent les activités que je propose.<br /> Je vis à la campagne loin du groupe nonsco Toulousain, j'ai 50 mn de trajet aussi les rencontres sont limités à 1 fois par semaine car c'est fatigant.<br /> Pour palier à cela, je fais partie de l'asso des amis de la médiathèque de ma ville, ou je rencontre des adultes autour de projet d'animations souvent pour enfants. Les enfants aiment se retrouver<br /> à la médiathèque et moi, je construis un lien social qui a du sens pour la communauté même si cela reste à petite échelle. Malgré tout j'aimerai bien vivre dans un éco-village de nonsco pour<br /> partager ...un jour qui sait..<br /> Je propose un livre interessant à lire même si l'on n'ai pas boudhiste pour conclure ma participation à cette discussion :" S'occuper de soi et de ses<br /> enfants dans le calme " de Sarah Napthali. Même si personnellement je sature un peu de la répétition de mot boudhiste il y a vraiment de bons<br /> tuyaux.<br /> merci d'avoir permis cet échange j'ai eu plaisir à vous lire tous.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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B
Je m'aperçois que j'ai oublié de te parler du bouquin de Meirieu : jel'ai promis à la CPE du bahut mais après, c'est promis, je te le fais passer. On pourra ainsi en recauser en ayant connaissance del'ensemble de ses propositions et ainsi bien tout replacer dans un contexte plus global. Même si, je le dis ici comme sur mon blog, sespropositions me semblent intéressantes (quoique pas toutes) mais vraiment irréalisables et utopistes quand on voit combien il est difficile de faire bouger les choses dans la maison...
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P
Super (je ne manque de totues façons pas de lectures en attendant....) !Et ça fera un prétexte pour vous revoir :)
J
J'aime bien ton texte sur vos (tes?) difficultés au quotidien.Ca me fait penser un peu à une discussion avec C. qui disait que ce qui l'épuisait le plus, c'était pas d'avoir des enfants à la maison toute la journée mais surtout d'avoir deux bambins toute la journée... donc l'école n'y arrange rien!Je te rappelle quand même que je suis pas si loin que ça... et avec tout le temps libre que je vais avoir pendant 6 mois, je veux bien te libérer un peu de temps si tu veux (même que M.  à côté de moi dit qu'elle voudrait bien voir tes zèbres et ta zébrette).:-*
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P
Oui, c'est vrai... le plus usant, c'est la combinaison des deux grands + une bambine... avec juste une bambine à la maison, ça serait ausi très usant.On se voit toujours mercredi ?
B
Justement, Meirieu dit que l'école n'a pas pour but de donner des connaissances pourr éussir des examens, son but est tout autre : on y va pour apprendre l'autre, pour apprendre avec les autres. C'est en tout cas comme ça que je l'ai compris...Concernant l'altérité, effectivement propose une sacrée révision de la carte scolaire pour une véritable hétérogénéité des origines des élèves, la possibilité de pouvoir mélanger les générations car chacun devrait pouvoirêtre libre de reprendre ses études là où il les a laissées, sans limitation d'âge.Pour la question de l'argumentaire du pour ou contre, je suis effectivement ok avec toi.Merci de m'avoir apporté ton éclairage aussi sur cette question, ici et dans d'autres de tes billets,c ar c'est vrai, il est dur de se faire son idée de ces questions.Je te recommande la lecture de ce bouquin qui est certes très utopiste. Mais j'avoue que j'aimerai avoir ton point vu plus global sur ses propositions, ce qui peut-être en fait apporte aussi une autre lecture de ses propos que j'ai rapportés ci dessus...Vaste débat que celui de l'école, républicaine et/ou familiale, qui doit former, édiquer, instruire, faire grandir, mélanger, devenir citoyen... etc. etc.
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P
Oui, il dit effectivement "pas seulement"... en fait, je n'ai pas été assez précise dans ma réponse : il m'a semblé à le lire que l'acquisition des connaissances... on va dire académiques, n'est envisagée que dans l'optique "passage d'examen", et ça ça me gène profondément, surtout pour la tranche d'âge concernée par l'instruction obligatoire.Oui, c'est un vaste débat et j'avoue que j'aimerais que chacun puisse avoir un réel choix, une palette des réponses possibles parce si l'école n'est à mon sens pas la réposnes unique qui convient à tous et à tout moment de sa vie, je crois aussi que la non scolarisation n'est pas la réponse unique et j'aimerais vraiment qu'il puisse y avoir des croisements, des passages plus souples de l'un à l'autre - bref concilier les avantages des deux façons de voir les choses sans reproduire aucun des inconvénients :) ? - pour que tout un chacun puisse y trouver son compte.A l'occasion, si quand tu as fini de lire le livre tu acceptes de me le prêter, je serais curieuse de le lire...
S
 "Ainsi l'école est-elle libératrice : elle permet de se dégager de l'égocentrisme enfantin qui entrave le développement de l'intelligence et empêche de s'inscrire dans un collectif ; elle permet d'échapper à l'enfermement et à la reproduction qui menacent une famille, même la plus ouverte..."<br /> QUOI! Bon ce n'est pas mon blog mais en lisant les commentaires je ne peux m'empecher de dire QUOI?!! à cette phrase, je me demande sur quoi cette personne se base pour  dire une chose aussi ridicule.
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P
Moi aussi, ça m'a fait brrr..... j'ai vraiment l'impression d'une vision terriblement pessimiste des enfants, une optique "dressage", "adulte potier" et pas "adulte jardinier". Bon sur cet extrait seulement, c'est difficile de se faire une idée juste, mais vraiment, ça m'a choquée de lire ça.(Surtout que l'enfermement et la reproduction ne sont pas l'apange de la famille, le système scolaire fait ça très bien aussi....)